30 de abril de 2015

Asociación Mundial de Psicoanálisis. Condolencias





Condolencias

Acabamos de recibir con gran pesadumbre la noticia del fallecimiento de nuestro colega Eduardo León Vivas, miembro de la NEL en Caracas y uno de los integrantes más activos de lo que fuera el grupo originario de la Escuela del Campo Freudiano de Caracas, la primera en crearse en el Campo Freudiano después de la École de la Cause freudienne. Su trabajo y su deseo por la Escuela fue un factor indispensable para la creación de la NEL. Eduardo fue además miembro del Consejo de la AMP en el periodo 1996-2000. 

Queremos transmitir, en nombre de la AMP, a sus familiares, amigos y colegas de Caracas, nuestras condolencias más sentidas. 

Miquel Bassols
Presidente de la AMP

LACAN QUOTIDIEN – AMP/ONU. Quelques remarques sur le rôle des femmes dans les négociations de paix, par Gil Caroz

Lacan Quotidien publie la version française de l’intervention de Gil Caroz, le 19 mars dernier, à l'occasion du « Parallel Event » au Forum des ONG de la Commission de la condition des femmes (CSW). L’auteur s'adresse à un public qui défend la cause des femmes, mais qui est, pour une part, indifférent, voire hostile, à la psychanalyse, souvent perçue comme une doctrine trop phallocratique. Son écriture est «orientée par un effort de faire passer la chose de la psychanalyse en enveloppant l'insupportable par le supportable. Certes, il s'agissait de dire, mais ne pas tout dire permet de rester dans la zone de l'audible».

En l'an 2000, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité. Cette résolution réaffirme le rôle important des femmes dans la prévention et la résolution des conflits et dans les négociations de paix. Elle souligne l'importance de leur participation égalitaire dans tous les efforts pour maintenir la paix et la sécurité.

Le penchant des femmes vers des actions qui promeuvent la paix n'est pas une idée nouvelle. Ainsi est-elle présente dans une comédie d'Aristophane où l'héroïne, Lysistrata, appelle les femmes de toutes les cités à engager une "grève du sexe", c'est-à-dire à arrêter toute activité sexuelle tant que les hommes ne reviennent pas à la raison et ne cessent pas la guerre entre Athènes et Sparte. Les grèves du sexe afin d'appeler à la paix se pratiquent encore. Ainsi, en 2003, une grève du sexe au Libéria a contribué à l’obtention de la paix après 14 ans de guerre civile. En Colombie, en 2006, une telle grève a permis une diminution de la violence des gangs. En 2009, c’est au Kenya qu’une grève du sexe a été initiée pour conduire à l’arrêt d’un conflit interne. Et il y a encore d'autres exemples1.

Cette résolution de l'ONU est parfaitement en phase avec la perspective psychanalytique. Néanmoins, pour la psychanalyse, la tendance est plutôt de parler d'une diversité sexuelle que d'une égalité du genre. En effet, le psychanalyste français Jacques Lacan a différencié, à partir de sa clinique, deux logiques distinctes, l’une masculine et l’autre féminine.

Je voudrais vous montrer comment, telles que les choses se présentent aujourd’hui, la logique féminine semble beaucoup plus appropriée que la logique masculine aux négociations de paix. Ceci sans perdre de vue le fait que la logique n'est pas l'anatomie. Autrement dit, une personne peut avoir l'anatomie d'un homme, alors qu'elle a des affinités avec la logique féminine, et vice versa. Freud disait que l'anatomie est le destin. La logique est plutôt du registre du choix, d'une construction subjective liée au désir.

La logique masculine est aussi qualifiée de "logique phallique". Si vous lisez entre les lignes, vous pouvez constater que celle-ci n'est pas particulièrement appréciée par Jacques Lacan qui peut énoncer que le phallus est une "objection de conscience au service à rendre à l’autre"2. La logique masculine est donc plutôt autistique, auto-érotique, fermée sur sa propre satisfaction personnelle et individuelle, évitant le mouvement vers l'autre. Le fonctionnement du pénis est considéré par Lacan comme une métaphore illustrant les limites du phallus. Une érection ne dure jamais très longtemps, elle a toujours une limite.

D'un point de vue social, la logique phallique donne aux collectivités la structure du groupe freudien. Freud se réfère à l'Armée et à l'Église comme exemples de tels groupes, composés d'un nombre défini de membres, tous égaux, tous soumis à une même loi universelle – tous sauf le leader. Comme il s'agit d'un groupe fermé dont les contours sont définis, Lacan qualifie la logique masculine de logique du tout. La caractéristique essentielle de ce type de groupe est que l'amour y est prévalent parmi les membres à l'intérieur du groupe, alors que la haine est dirigée vers l'extérieur. Vous pouvez mesurer à quel point cette structure masculine de la société est un terrain fertile au déclenchement de guerres.

Voyons maintenant quels sont les traits essentiels de la logique féminine. Lacan l'appelle la logique du pas-tout. L'expression "pas-tout" n’est pas faite pour dire que la logique féminine est imparfaite à ses yeux. Elle signifie bien au contraire qu'alors que la logique masculine est limitée et fermée sur elle-même, la logique féminine est illustrée par un ensemble ouvert qui tend vers l'infini. Par conséquent, ici, il n'y a pas "d'objection" à la relation à l'autre. La logique féminine permet une ouverture et un mouvement vers l'autre. En d'autres termes, alors que la logique masculine produit un groupe fermé avec une frontière consistante qui le sépare d'un ennemi situé à l’extérieur, la logique féminine génère, elle, un groupe ouvert permettant des échanges pluriels et variés.

Par ailleurs, alors que tous les individus d’un groupe à logique masculine sont égaux dans leur rapport au leader, le groupe féminin promeut la singularité de chaque membre. Je me souviens d'une photo que j'ai vue il y a quelques années dans un quotidien israélien, le jour de l'enterrement d'un rabbin illustre. Vous savez que, lors d'une cérémonie juive orthodoxe, hommes et femmes ne se mélangent pas. C’était un jour pluvieux et tout le monde avait un parapluie. Sur cette photo prise d'un hélicoptère, on pouvait clairement distinguer deux groupes. Du côté des hommes, tous les parapluies étaient de la même couleur sombre, un uni noir ou gris. Du côté des femmes, il n'y avait pas deux parapluies identiques: plutôt une infinité de couleurs et de dessins, chaque parapluie ayant sa singularité. Cette affinité de la logique féminine avec la singularité, que nous appelons aussi la logique du un par un, convient particulièrement à des négociations de paix.

Il n'y a pas de solutions standards et universelles qui conviennent à tous les conflits. Les négociateurs doivent être attentifs aux coordonnées de chaque partie engagée dans un conflit afin d'improviser une solution adaptée à la spécificité de chaque situation. Il faut inventer un arrangement adapté à chaque cas. On constate facilement en quoi la logique féminine, telle que je l'ai décrite, convient mieux que la logique masculine à ce genre d'opérations, car elle est ouverte à des solutions pragmatiques, faites sur mesure, plutôt qu'à des solutions imposées au titre d’un universel.

Un pas supplémentaire est nécessaire pour comprendre les conflits actuels. En suivant les distinctions entre les logiques masculine et féminine, nous saisissons pourquoi les hommes et les femmes ne sont pas faits pour se comprendre. Par ailleurs, notre lecture psychanalytique de la culture et de la société nous conduit à la conclusion que ce malentendu est un élément majeur dans les guerres contemporaines.

Les guerres ont changé, elles sont moins centrées sur la rivalité phallique que sur la haine des femmes. Il s'agit de mettre les femmes au pas, leur imposant violemment toutes sortes de restrictions. Ce phénomène illustre la tendance structurelle de la logique masculine universelle à mettre au pas la logique féminine du un par un. Notons que cette tendance apparaît dans un contexte où, dans un grand nombre de pays, les femmes ont déjà obtenu l'égalité dans beaucoup de domaines de la vie sociale. Une réaction fondamentaliste à ce développement, sous la forme de la répression des femmes, s’accroît au fur et à mesure que cette égalité se propage.

Lors des négociations de paix, la relation que l'on a avec la parole est d'une importance majeure. Là encore, la différence entre les logiques masculine et féminine est cruciale. La logique masculine, déterminée par la logique du tout, se découvre très limitée. Elle est susceptible, à tout moment, de conduire les négociations à l’impasse, car son seuil de tolérance au malentendu est très bas. Tout doit faire sens immédiatement et quand les choses ne sont pas claires, lorsque les malentendus surgissent, il y a toujours un risque que la parole s’arrête et que la guerre commence ou recommence.

En revanche, la logique féminine tolère l’incohérence du langage. Elle inclut l’impossibilité de tout dire. C’est le cas de la figure de Shéhérazade dans les Mille et Une Nuits. Le Sultan, dans l'histoire qui encadre ces contes, est fait cocu par son épouse. Son discours est misogyne. Une fois qu'il exécute sa femme infidèle, il décide d'épouser une vierge chaque jour, et de l'exécuter le lendemain de la nuit de noces, afin de se venger des femmes et de s’assurer de ne plus jamais être trompé. Shéhérazade est la dernière de la série de ces femmes, car elle trouve le moyen d'arrêter ce carnage. Lors de la nuit de noces, elle raconte au sultan une histoire palpitante en la laissant inachevée. Elle répète cela pendant mille et une nuits, après quoi le Sultan abandonne son projet et décide de la garder avec lui pour toujours, ayant reconnu ses qualités.

Cette légende nous montre les impasses de la rencontre entre les logiques masculine et féminine, et aussi un moyen d’en sortir. La logique phallique du Sultan tend vers la guerre et le massacre. On constate, par contre, que la logique féminine favorise la parole, et plus encore, une parole tendant vers l'infini plutôt qu’à la violence. Shéhérazade utilise la logique du pas-tout avec finesse. Elle ne dit pas toute l'histoire... et suscite ainsi chez l'homme un désir d'en savoir plus, et cette manœuvre transforme la pulsion de mort en un désir de vie.

Le Sultan change. Il dépose ses armes, sans avoir à subir une grève du sexe. Il fait un mouvement vers la logique féminine, puisqu’il se met à jouir de la parole et des histoires, plutôt que de la vengeance violente. C’est ce qui peut se produire quand un homme passe par une analyse. Il arrive qu’il devienne plus tolérant à ce qui lui semble être une incohérence dans la logique féminine. On peut même dire, alors, qu'il est un peu féminisé. Nous pouvons nous attendre à ce que, dans le cas de négociations, cette position féminisée soit davantage disposée à la logique du un par un et à des arrangements inventifs et pragmatiques entre les singularités des parties.
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* Illustration en haut : Revolver noué qui se trouve devant le bâtiment de l'ONU, œuvre fameuse de Fredrik Reuterswärd, nommée aussi Non-violence. L’artiste l’a créée, bouleversé et en colère après la mort insensée de son ami John Lennon. Le gouvernement luxembourgeois a acheté l’œuvre et l’a offerte à l'ONU en 1988.

Lire aussi, dans le contexte du Parallel Event du 19 mars à New York, « Autonomisation des femmes et psychanalyse” par Patricio Alvarez dans Lacan Quotidien n° 492 et « Ce que la psychanalyse sait des femmes en tant que « gender » », par Marie-Hélène Brousse dans Lacan Quotidien n° 494.

Notes:
1 http://en.wikipedia.org/wiki/Sex_strike
2 Lacan J., Le séminaire, Livre, XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 13. 

29 de abril de 2015

LACAN QUOTIDIEN. Ce que la psychanalyse sait des femmes en tan que "gender", par Marie-Hélène Brousse

AMP/ONU

L'Association Mondiale de Psychanalyse, en tant qu’organisation à statut consultatif auprès de l’ONU, a été invitée à participer à la promotion du troisième Objectif de l’ONU pour les femmes. Lacan Quotidien n° 492 a publié sous l’intitulé « L’Objectif « insaisissable » du Millénaire pour les femmes » la présentation d’un événement dit « parallèle » organisé à cette occasion par l'AMP le 19 mars 2015 à New York, ainsi qu’un texte de Patricio Alvarez diffusé au titre de déclaration par l’ONU-femmes (« Autonomisation des femmes et psychanalyse »). Nous publions ici l’exposé de Marie-Hélène Brousse (Paris) présenté lors de cet événement parallèle auquel ont participé Maria- Cristina Aguirre (New-York) et Gil Caroz (Bruxelles) dont les travaux paraîtront prochainement dans Lacan Quotidien.




Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai su et ressenti une inégalité des chances offertes aux garçons et aux filles en ce qui concerne les possibilités sociales. Le discours tenu dans ma famille était sur ce sujet plutôt progressiste, mais quelques énoncés venaient parfois rappeler les préjugés propres à la tradition et à la religion. À commencer par ceux de ma grand-mère qui répétait qu’« une fille, ça ne vaut pas grand chose ». J’ai donc toujours été féministe, cela allait de soi. Mais avoir fait ce choix décidé de façon précoce – choix souvent sujet à moqueries et critiques – ne me donne pas de légitimité particulière à prendre la parole aujourd’hui devant vous, qui partagez ces valeurs et ces choix, chacun et chacune d’une manière qui lui est propre.

Si je prends la parole aujourd’hui au nom de l’Association Mondiale de Psychanalyse grâce à la confiance que me fait son président Miquel Bassols, c’est pour transmettre quelles lumières la psychanalyse peut jeter sur les discriminations que subissent les femmes et par là contribuer à faire progresser les savoirs et les mœurs dans ce domaine. C’est donc en tant que j’exerce la pratique de la psychanalyse depuis de nombreuses années que je considère avoir quelque chose de précis à apporter.

La psychanalyse, discipline orientée par les savoirs scientifiques, est avant tout une expérience subjective, menée de façon ordonnée. Elle propose un lieu, un dispositif où chaque sujet peut venir parler de sa souffrance et des conflits qui le divisent. La contribution de la psychanalyse à la cause des femmes consiste donc à leur donner la parole, à les écouter témoigner, une par une, dans leur diversité, de leurs difficultés avec ce qu’elles pensent être le féminin. Elle ne prétend en aucun cas formuler des énoncés de type normatif sur les désirs qui les animent ou les conflits qui les divisent. Mais elle peut modéliser les fonctionnements psychiques nécessaires à trouver des solutions susceptibles de satisfaire les sujets. Je parlerai aujourd’hui de l’un d’entre eux : l’identification.

Depuis sa naissance, avec Freud au tout début du XXe siècle, la psychanalyse a beaucoup évolué car elle est toujours en prise directe avec l’époque où elle se déroule. Jacques Lacan en a formalisé les assises. La plus fondamentale est le lien organique entre l’inconscient freudien et le langage : l’inconscient est structuré comme un langage. À ce propos, s’adressant en 1970 aux participants d’un colloque sur le structuralisme tenu à l’université Johns Hopkins à Baltimore, il pouvait dire : « it is not a special sort of language, for example mathematical language, semiotical language or cinematographical language. There is only one sort of language: concrete language English or French for instance, the language that people talk... The unconscious is a thinking with words, with thoughts that escape your vigilance, your state of watchfulness »1. L’inconscient sexuel n’est pas l’instinct ; il se dit dans la langue ordinaire que nous parlons. Les pensées dont il est fait épousent les évolutions du discours dans lequel nous vivons au quotidien. Les processus d’identification, qui permettent à chaque sujet de se représenter sexué, sont des processus de langage. Nous nous définissons par des catégories de langage et de pensée qui sont la réalité à laquelle nous croyons.

Les langues parlées sont ordonnées par un binaire fondamental : homme/femme. Par conséquent, l’expérience d’une analyse constitue un observatoire remarquable de ce que veut dire aujourd’hui pour chacun « être un homme » ou « être une femme », énoncé dans des termes souvent différents de ceux en usage au temps de Freud. Toutefois le mécanisme subjectif en jeu est le même.

C’est pourquoi la psychanalyse traite de la question du gender par la voie des identifications. Le gender est, dans l’expérience d’une analyse, véhiculé par des identifications sexuelles relevant de deux registres.

Le gender relève du registre symbolique

Le premier est une identification à des mots, nous disons plus volontiers des signifiants, qui sont aussi des prescriptions de rôles et de places. Pour un sujet humain, les hommes et les femmes sont des êtres de discours et seulement cela. Le discours est ce qui constitue le lien social qu’est le lien sexué. Il constitue un véritable mode d’emploi, dans une société donnée, à une époque donnée, des modes de satisfaction permis ou interdits. Il est fait des dépôts archéologiques des énoncés d’une langue, s’élaborant au fil des temps à partir de ces strates. Ces catégories ségrégatives, hommes/femmes, n’en sont pas moins contraignantes, car elles s’imposent au sujet comme cadres a priori de sa réalité sexuée. La seule possibilité de séparation d’avec la logique d’un discours s’obtient par l’apparition de nouvelles coordonnées via l’émergence d’un autre discours, d’abord minoritaire. 

C’est donc l’ordre symbolique qui définit un « être une femme », et un « être un homme », catégories de discours qui prescrivent des places, des rôles sociaux, ainsi que des modes de jouir différenciés. Ces catégories étaient jusqu’à il y a peu déterminées par le système symbolique de base, la structure familiale. Lacan s’est beaucoup intéressé à la famille et l’ouvrage de Claude Levi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, a été pour lui une référence. Ce système repose d’ailleurs sur la dualité homme/femme. Lesdites femmes sont définies au sein du système familial par un certain nombre de fonctions qui s’imposent aux sujets : fille, sœur, épouse ou concubine et surtout mère. L’inconscient définit la féminité à partir de ces places, véritables autoroutes des identifications. Une fois posées, elles contribuent à définir d’autres places et fonctions, cette fois hors du système de parenté : vieille fille, putain, sorcière, folle, etc. Une jeune femme en analyse disait récemment : « L’espace public, on a le droit d’y passer, mais pas de l’investir ». Récemment l’AMP a eu à défendre trois collègues psychanalystes qui avaient été, l’une emprisonnée, l’autre menacée, la dernière internée, parce que leur pratique professionnelle les amenait précisément dans l’espace public.

Prenons deux exemples du type d’énoncés par lesquels fonctionne le système d’identification sexuée. Exemple historique : les ouvrages des médecins hygiénistes du XIXe siècle – qui constituaient les archives d’un travail mené lors de mes études sur les nourrices au XIXe siècle – affirmaient tous la même chose : « Les femmes sont nées pour être mère », phrase qui transforme la maternité en destin naturel. Pourtant, ils constataient précisément que tel n’était pas le cas dans la réalité : ils condamnaient ces cas et voulaient modifier cette réalité.

Exemple récent : le 24 novembre 2014, le premier ministre turc M. Erdogan affirmait que les femmes ne peuvent être considérées comme les égales des hommes et que « leur rôle dans la société est de faire des enfants ».

Dans ces deux cas on peut constater qu’il s’agit de signifiants-maîtres, du mode impératif et de jugements à modalité universelle (« toutes les femmes sont... »). Face à ces identifications imposées dont relèvent des processus ségrégatifs, l’expérience analytique, en permettant le déploiement d’un autre discours, fait voler en éclat cette universalité. Se produit alors la chute ou le maintien, choisi cette fois, d’une identification.

Depuis quelques décennies, dans les sociétés occidentales surtout, les systèmes de parenté connaissent une mutation de grande ampleur sous la poussée de l’économie, de la science et des mœurs alors que sa structure avait peu changé depuis le néolithique. Il en résulte une fragilisation des identifications traditionnelles. En particulier, il apparaît possible que Père ne coïncide pas nécessairement avec Homme et Mère avec Femme. Les récentes manifestations qui ont eu lieu en France contre le mariage pour tous, c’est-à-dire contre le mariage entre personnes du même sexe, sont le signe de la violence des conflits qui affectent les sujets aujourd’hui dans la mise en place de leurs identifications.

Les analystes peuvent écouter sur le divan les divisions internes qui découlent d’identifications contradictoires et les choix nouveaux qu’a à effectuer chaque sujet.

Le gender et le registre imaginaire

Mais il existe aussi des identifications à des images dont la matrice est l’image spéculaire. Elles participent du discours, mais relèvent de la dimension de l’Imaginaire, telle que Lacan la définit à partir de la relation spécifique qu’entretient le petit être humain avec son image dans le miroir. Au niveau de l’imaginaire, on peut affirmer qu’il y a des mâles et des femelles, comme dans la plupart du règne animal. Ces catégories renvoient à l’image du corps car c’est en fonction de la perception de l’image qu’on peut généralement différencier le sexe dans la plupart des espèces : couleurs, formes, taille, etc. Dans l’espèce humaine, ces différences d’images liées à la reproduction sexuée sont redoublées ou corrigées par les marquages sociaux et donc symboliques. La puissance d’empreinte produite par la perception immédiate des images, celle du corps global comme celles de ses composants, vient pallier à l’absence de consistance matérielle du want to be symbolique. Elle pousse donc à passer du mâle à l’homme et de la femelle à la femme. La référence à une « naturalité » du genre, essentielle dans la tradition en particulier religieuse, tient à ce recouvrement du signifiant et des places symboliques par l’image et sa supposée naturalité.

En analyse, les femmes témoignent cependant des embarras avec leur corps, des difficultés à l’assumer, à l’accepter. Cela s’avère d’autant plus difficile que des modèles, diffusés massivement par une civilisation brassant de plus en plus d’images, s’imposent de façon planétaire. Elles témoignent aussi de la nécessité pour chacune de définir son corps, en fonction de son histoire singulière, selon ses propres normes imaginaires. Certaines expériences, les premières règles par exemple, font apparaître que, pour une femme ou une fille, sa propre féminité corporelle est fréquemment une énigme. 

Les gamètes ont-elles un gender ?

Enfin, le paysage se complique avec les avancées de la biologie qui montrent que la reproduction n’est ni le fait des identifications symboliques ni le fait des identifications imaginaires, mais repose en dernière instance dans le réel sur la différence entre spermatozoïde et ovocyte. Cela permet de court-circuiter l’être femme/l’être homme, de même que l’image masculine ou féminine, c’est-à-dire tous les repères par identifications. Finalement, au niveau du réel le masculin et le féminin se réduisent à des cellules et s’émancipent des repères exclusifs que constituaient auparavant l’image globale du corps et le discours du maître. 

Ces trois niveaux, aujourd’hui plus précisément différenciés, exigent de la part des sujets des décisions plus individuelles et plus solitaires que par le passé. Ils requièrent aussi un nouage et offrent à terme aux femmes, et aussi aux hommes, des possibilités plus nombreuses en termes de diversité de choix de vie et de modes de jouissance. La supériorité ancestrale attribuée au masculin en termes de valeurs ou même la complémentarité supposée entre homme et femme ne font plus aujourd’hui l’unanimité. Elles ont perdu la portée de vérité que la croyance leur donnait. Déjà Freud avait constaté qu’elles n’étaient qu’un mythe ne résistant pas à la réalité de l’analyse des liens entre les hommes et les femmes. La même constatation poussera Lacan à formuler une proposition qui, en son temps, fit scandale : il affirma et démontra qu’il n’y a pas de rapport sexuel... qui puisse s’écrire entre les hommes et les femmes – « rapport » à entendre au sens d’une loi naturelle. Ce qui implique qu’entre des sujets qui parlent, il n’y a de liens que par le discours. Ces liens sont donc en constante évolution. Aucun ne peut prétendre être une loi éternelle et valoir universellement.

Ce mouvement de diversification ne s’accomplit pas sans chaos ni sans violence. Jacques-Alain Miller dans une intervention au VIIIe congrès de l’AMP développait en quoi les sujets contemporains sont « déboussolés ». Ces changements de paradigmes du discours s’accompagnent en effet de désirs nouveaux et de symptômes inédits. C’est à ce niveau individuel qu’intervient le discours analytique. Il offre un espace de parole qui peut faire tomber les identifications obsolètes liées à des énoncés et à des impératifs congelés. Il rend alors possible des choix décidés en fonction du réel auquel chacun, chacune est confronté(e).

Pour conclure, je donnerai la parole, en forme de mot d’esprit, à une analysante en fin d’analyse : « je veux devenir la femme de ma vie ». L’expérience analytique est, en ce qui concerne le genre, organisée par le principe suivant, qui vaut d’ailleurs pour les supposés hommes et les supposées femmes : chacun a à construire sa définition propre du genre. Lacan pouvait dire en 1974 : « L’être sexué ne s’autorise que de lui-même... et de quelques autres, c’est en ce sens qu’il a le choix »2.

Notes:
  
1 Jacques Lacan, « Of the structure as the inmixing of an Otherness », exposé fait à Baltimore lors du colloque ayant eu lieu à Baltimore, Languages of Criticism and the Sciences of Man, the Structuralist Controversy, ed. R. macksey and E. Donato, Johns Hopkins Presse, 1970 : « Il ne s’agit ici d’aucun langage spécial, tels par exemple le langage mathématique, sémiotique ou cinématographique. Il n’y a qu’une sorte de langage : l’anglais ou le français par exemple, le langage que les gens parlent...L’inconscient pense avec les mots, avec des pensées qui échappe à votre vigilance. » (traduit par mes soins).
2 Lacan J., Le Séminaire, livre XXI, « Les non dupes errent », leçon du 9 avril 1974, inédit. 

28 de abril de 2015

LACAN QUOTIDIEN. Le retour du refoulé : LA TROIKA DE NOUVEAU À ATHÈNES, par Réginald Blanchet

Deux temps et trois mouvements, c’est ainsi que pourrait s’ordonner le cycle politique qui vient de s’achever sous nos yeux, le lundi 9 mars. Au premier temps, on assista à la victoire éclatante aux élections législatives de Syriza, le parti de la gauche radicale, et à sa tentative de mettre fn à la politique d’austérité imposée par les créanciers du pays (le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne). Au second temps, on vit le gel quasi-total du programme économique électoral de Syriza et le consentement de ce dernier à la politique mémorandaire pour une durée de quatre mois allant jusqu’au 30 juin 2015.

Ce recul s’opéra en trois mouvements. Ce fut d’abord le renoncement à la revendication majeure et ligne rouge absolue, s’il en était, du programme de Syriza, à savoir l’effacement de tout ou partie de la dette souveraine du pays. Puis, ce fut l’entérinement de la poursuite du plan de redressement de l’économie mis en œuvre depuis 2010, soit l’austérité accompagnée des réformes de type néolibéral jugées indispensables par les instances internationales. Enfn, intervint, voici quelques jours, le consentement donné par le gouvernement grec au contrôle sur pièces et sur place par le groupe d’experts (la troïka) mandaté à cet effet par les créanciers, et portant sur la mise en œuvre effective du programme de redressement. La boucle était bouclée et le retour au cadre mémorandaire, complet, à quelques aménagements près sans autre portée que symbolique.

Gel sine die du programme électoral de Syriza

Le lundi 9 mars marqua donc la scansion fnale du processus d’intégration du gouvernement Syriza dans le cadre mémorandaire que ce parti avait pourtant si vivement, et de façon soutenue, vilipendé depuis son instauration voici cinq ans. Le retour de la troïka à Athènes fut donc acté à la énième session de l’Eurogroupe (l’ensemble des ministres des Finances des pays de la zone euro) consacrée à la Grèce. Ainsi prit fn la partie de bras de fer qui venait de se dérouler en deux phases. Ce fut, d’abord, et pendant à peu près dix jours (qui s’étendirent du 25 janvier au 6-7 février) le temps des illusions pendant lequel le nouveau pouvoir crut pouvoir faire reculer l’Union Européenne en entier et le FMI sur leur politique d’austérité appliquée en réponse à la crise de surendettement des États membres. On assista alors à la folle tournée des capitales européennes où le verbeux et haut en couleurs ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, donna toute sa mesure. (Il a depuis accédé au vedettariat international si l’on en croit Paris-Match, qui vient de lui consacrer sa une et quelques pages de photoreportage). L’équipée, très médiatisée, qui a tenu en haleine toute l’Europe, s’acheva à Berlin le 5 février 2015 sur la fn de non-recevoir qu’opposa, imperturbable et infexible, le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, à son interlocuteur grec. Que celui-ci n’y compte pas, il n’y aurait ni effacement ni aménagement d’aucune sorte de la dette de la Grèce, et la coopération du pays avec la troïka ne serait en aucun cas remise en question. C’étaient là les conditions de l’aide fnancière qu’Athènes sollicitait et dont elle avait un besoin urgent. Ce fut à prendre ou à laisser.

Devant tant de fermeté de la part du grand argentier de l’Europe, son créancier le plus important, le gouvernement grec, déjà isolé dans l’Union puisqu’aucun pays ne soutenait ses revendications, ne souhaitant pas quitter la zone euro, ft machine arrière. Va donc pour la dette, on en reparlera plus tard. Son effacement ne constituait plus le préalable absolu à la poursuite des négociations avec les partenaires en vue d’atteindre un compromis acceptable qui exempterait, pour partie tout au moins, la Grèce des affres de la politique d’austérité en cours d’application dans l’Europe du Sud endettée. Ce fut, ici comme ailleurs dans les affaires humaines, le premier pas qui coûtait. Il fut franchi. La clé de voûte du programme électoral de Syriza venait de céder. Le restant du programme de Thessalonique ne tarda pas à s’écrouler. Ce fut chose faite quelques quinze jours plus tard lorsqu’intervint le 20 février la signature en bonne et due forme de l’accord-cadre qui reconduisait comme devant la politique mémorandaire en Grèce. Ce recul fut crucial. Il mettait un terme formel aux velléités d’une politique anti-austérité dont Syriza se voulait le garant devant le pays. Le retour effectif depuis le 12 mars de la troïka à Athènes clôt le cycle desdites négociations, en fait le psychodrame que constituèrent ces pourparlers haletants. Il marque la reprise en mains par la tutelle de la direction de la politique économique du pays.    

Le refus de savoir de Syriza

Quelles que soient les dénégations du gouvernement, qui s’échine à crier victoire là où l’échec est patent, personne ne s’y trompe. L’électorat qui, au premier temps des négociations, approuvait à plus de 80% la conduite de son représentant faisant face, seul contre tous, aux instances internationales, voire les défant crânement, ne donne plus aujourd’hui son assentiment qu’à hauteur de 64%. Le recul est net, qui porte sur un mois et demi de gouvernement Syriza. Les observateurs politiques ne sont pas en reste. Ne retenons ici que l’avis solidement argumenté, et non suspect de parti pris adverse puisqu’il s’agit d’un membre du comité central de Syriza et professeur de philosophie politique au King’s College de Londres, Stathis Kouvelakis. Son appréciation de l’accord-cadre du 20 février est sans appel. (Cf. son interview du 23 février en ligne sur Ijsberg Magazine). Qu’en dit- il ? Premièrement, que « le cadre du memorandum est maintenu dans sa quasi-intégralité ».

Deuxièmement, « que l’on peut parler d’un échec majeur de Syriza ». Troisièmement, que si les choses devaient désormais suivre le même cours, « le gouvernement n’aura pas d’autre choix que d’être un gestionnaire du cadre mémorandaire ». La cause fondamentale de cet état de choses ? L’illusion fatale de « croire en la possibilité de changer les choses dans le cadre actuel de l’Union Européenne ». « On ne peut pas rompre, affrme le politologue, avec les politiques d’austérité et les mécanismes de memorandum sans entrer dans une confrontation avec l’Union Européenne et, le cas échéant, sortir de la zone euro ». Plus explicitement encore : « Pour toute force qui veut s’inscrire en faux contre les choix dominants en matière de politique économique la rupture est une condition indispensable. » On ne saurait être plus net.

Or, souligne Stathis Kouvelakis, « la ligne majoritaire au sein de Syriza a évité de répondre clairement à un éventuel refus de négocier de la part des créanciers de la Grèce ». La chose est dite : Syriza a fait l’impasse sur la question essentielle de savoir ce qu’il ferait au cas où, de négociations à proprement parler, il n’y aurait pas. Le fait est là : Syriza a refusé de savoir. Il s’est rendu coupable d’une double méconnaissance sciemment entretenue. Premièrement, celle d’ignorer que son programme radical impliquait de quitter la zone euro. Deuxièmement, celle de ne pas admettre que, dès lors qu’il refusait d’emprunter cette voie, il n’était plus en position de négocier quoi que ce soit qui fût contraire à la politique d’austérité à laquelle les « institutions » s’étaient montrées indéfectiblement attachées.

On peut bien poser comme axiome de son action que « on a toujours raison de se révolter » (Mao), encore faut-il en tirer la politique qui s’impose pour donner à la révolte la suite de ses effets institutionnels. C’est ce que Syriza a choisi sciemment d’ignorer. C’est en quoi on a pu parler desdites négociations comme d’une partie de poker menteur menée par le gouvernement grec. Mais le mensonge disait vrai. Syriza n’avait nullement l’intention de sortir de l’euro et était prêt à en payer le prix. C’est ce qui advint. Ce qu’il ne voulait pas savoir, ce qu’il refoulait, tout comme l’électorat qui l’avait porté au pouvoir, c’est qu’il aurait à en payer tout le prix. C’était là l’objet de son refoulement, de son refus de savoir qu’il désirait bien ce qu’il désirait : rester dans l’euro au prix même de renoncer à tout ce qu’il voulait pour le bien de tous. Méconnaître qu’on désire ce que l’on désire, ou ne pas vouloir ce que l’on désire, c’est ce qui fait symptôme dans l’acte manqué que constitue le calcul politique foireux, et aussi bien ce qui le fait foirer. Cela donne raison freudienne au politologue averti.

L’inconscient à l’œuvre en politique

Cela amène sans doute aussi à faire un pas de plus. À faire équivaloir très freudiennement le retour du refoulé (le retour de la troïka comme l’impensé du programme électoral de Syriza, alors même que cela constituait l’implication imparable du maintien du pays dans l’euro) au désir refoulé lui-même, on dira que le désir inconscient présent dans la volonté de rester dans l’euro, volonté de la majorité de l’électorat de Syriza, était bien le retour du maître. À une condition pourtant : qu’il change la livrée de ses serviteurs.

La troïka, semblance du maître, a en effet quelque peu retouché sa façade. Son appellation, désormais et de façon signifcative « Groupe de Bruxelles » après avoir été tout aussi éloquemment pour un temps « les institutions » ; sa présence à Athènes, plus discrète sinon camoufée, sa composition qui admettra en son sein un représentant du ministère des Finances grec ; et enfn, le niveau des échanges qui sera «semi-politique» puisque situé désormais à l’échelon des directeurs des cabinets ministériels. W. Schäuble, to the point comme à son habitude, n’y est pas allé par quatre chemins. Le 10 mars, au moment de fnaliser l’accord du retour de la troïka à Athènes, il enfonça davantage encore s’il se pouvait le couteau dans la plaie de Y. Varoufakis, réduit pour le coup à sa livrée d’intendant. Le grand argentier lui signifa vertement : « Si la Grèce veut parler avec les institutions, libre à elle. On ne parlera plus de troïka, mais en réalité ce sera la troïka ».

À s’en tenir là, on peut dire que le résultat le plus clair de la période qui vient de s’achever se résume à la production d’une métaphore, soit la substitution d’un signifant à un autre, d’une dénomination à l’autre : on dira désormais « Groupe de Bruxelles » au lieu de « troïka ». Mais la métaphore est également le mécanisme du refoulement et le constituant du symptôme. L’acceptation de la troïka à condition qu’elle soit dûment métaphorisée dit que ce qui est rejeté de sa semblance passée, c’est le petit maître. C’est la guise du missus dominicus qui se présente au nom du maître pour procéder en son nom à l’expertise des travaux accomplis. Ce savoir-là indispose. Ce pouvoir infériorise et offense. Y. Varoufakis n’aura pas manqué de vitupérer de son verbe haut l’aura colonialiste qui entourait les déambulations sans frein de ces experts internationaux dans la capitale et leur intrusion sans vergogne dans les lieux d’exercice du pouvoir d’État.

Dira-t-on alors que ce qu’un peuple veut, c’est le Maître, le vrai, non pas le petit maître ? Toujours est-il qu’il est indéniable que ce qui ft la fortune politique d’Alexis Tsipras, dans l’opposition comme au premier temps de ses affrontements avec l’UE et le FMI, fut précisément sa posture de déf aux maîtres du jour. Il leur tint la dragée haute au point d’insinuer l’idée qu’il pouvait être le vrai maître du jeu. Mais ce n’était que semblant. Au demeurant, cela plus que tout importait. La métaphore, mouvement de substitution d’un semblant à un autre, opérait : elle donnait satisfaction, et pas seulement au peuple grec. Mais elle a aussi ses limites.

Réparations de guerre

Interviennent alors les empoignades qui, depuis peu, mettent aux prises très directement l’Allemagne et la Grèce. Elles concernent la revendication du gouvernement grec quant aux réparations de guerre, celles qui lui seraient dues par l’Allemagne au titre des déprédations des occupants nazis perpétrées sur son territoire et contre sa population, et restées jusqu’ici impayées. Comme quoi, une dette peut en évoquer une autre, un créancier dissimuler un vrai débiteur. Il y va là d’un déplacement entre deux guerres, de la guerre d’hier à la guerre d’aujourd’hui. Le passé décidément ne passe pas. Lui aussi fait retour. C’est le refoulé, cette fois, des puissants du jour. Eux aussi sont redevables de leur existence à quelque passé équivoque. Les affaiblis d’aujourd’hui pourraient être leur symptôme. La métaphore signifante qui habille la force du maître accompagnera alors la métonymie des empoignades par quoi les plus faibles chercheront à prélever quelque rémunération pour leur condition. L’affrontement risque d’occuper le devant de la scène un certain temps.

Athènes, le 14 mars 2015

27 de abril de 2015

Página 12 : HEGEMONÍA Y PODER NEOLIBERAL, por Jorge Alemán



Basándose en las ideas de Ernesto Laclau, el autor advierte que “la Hegemonía es la lógica constitutiva de la política”, mientras que “el discurso capitalista intenta adueñarse de todo el espacio simbólico”. 
Por Jorge Alemán *

A Ernesto Laclau, en el primer año de su muerte, en Sevilla


La Hegemonía es la lógica constitutiva de la política y no simplemente una herramienta de la misma. Pero para desentrañar esta afirmación debemos dar algunos rodeos que nos permitan cierta captación del asunto. 

La Hegemonía no es una voluntad de poder, ni un deseo de adueñarse del espacio de la representación política. Es siempre muy llamativo que cada vez que emerge una fuerza política transformadora, con vocación de ruptura y con un horizonte emancipatorio, se le enrostre su “pretensión hegemónica”. Cuando esto está proferido por los medios corporativos de la derecha, se ve claramente la jugada; el Poder neoliberal es una dominación que se disimula como consenso, una dominación que se presenta más como una dependencia a una serie de dispositivos que conforman a la subjetividad que como una sumisión impuesta. También se presenta como una dependencia inerte a determinados mandatos que ni siquiera son explícitos, pero sin embargo eficaces. Es lo que llamamos corrientemente la “naturalización” del poder neoliberal, disfrazar su ideología bajo la forma del “fin de la ideología”.

Pero, ¿qué es la Hegemonía?, ¿cuál es la lógica política que la sustenta según Ernesto Laclau? De entrada, hay que admitir una complejidad intrínseca a este concepto, a partir de esa radicalización del programa gramsciano que encarna Laclau con su pensamiento. 

Partamos de los momentos básicos de su constitución como concepto fundamental de una “ontología política”. 

Primero: la realidad está constitutivamente construida por discursos; los afectos, los cuerpos, las pulsiones, están atravesados por el discurso, marcados por sus significantes, determinados por una retórica y una gramática que suspende toda idea de una “fuerza original e inmanente” que se pueda representar directamente. 

Segundo: estos discursos que constituyen la realidad lo hacen de tal manera que no pueden nunca representarla en su totalidad. El discurso constituye a la realidad, no la puede representar de modo exhaustivo y, sin embargo, se tiene que hacer cargo de intentar representarla de un modo fallido. Esta brecha “ontológica” entre discurso y realidad es irreductible e imposible de ser suturada. La representación vehiculizada por el discurso es estructuralmente fallida, existirá siempre una “heterogeneidad” que impide que la representación se produzca como totalidad. Por último, en este Límite del discurso al representar la realidad, frente a esta heterogeneidad irreductible, frente a esta “diferencia” imposible de cancelar, se articula el momento político que llamamos hegemónico. No puede haber política sin pasar por el dilema hegemónico. Hacerse cargo de representar aquello que se sustrae a la representación, nos muestra que lo Político no es un subsistema de la realidad, sino el modo privilegiado en que la misma se constituye. El momento hegemónico se resuelve de forma siempre fallida a través de un término limite, ya sea el denominado significante vacío en Laclau, “objeto a” en Lacan, clase hegemónica, en Gramsci. La brecha insalvable entre el discurso y aquello que no puede eludir representar es lo que la Hegemonía, insistamos en su carácter fallido, intenta resolver.

Emancipación

Una vez formulado este rodeo teórico y, ya entrando en mis propias consideraciones, debo decir, y éste es el sesgo de lo que denomino la “izquierda lacaniana”, que no considero al Poder neoliberal una Hegemonía, al menos en este sentido estricto que hemos intentado delimitar. Las lógicas de dominación repudian y son fundamentalmente refractarias a la construcción de experiencias políticas hegemónicas. El Discurso Capitalista que soporta al Poder neoliberal no admite ninguna brecha, ninguna heterogeneidad inicial, se presenta con la potencia de representar todo y llevar todas las singularidades y las diferencias a la totalidad del circuito circular de la Mercancía. La Hegemonía nunca es circular, está siempre agujereada en sus fundamentos, mientras que el discurso capitalista es un funcionamiento “contradiscursivo”, podríamos decir, que intenta incluso adueñarse de todo el espacio simbólico. Siendo la propia producción biopolítica de la subjetividad un claro ejemplo de esta cuestión. Por ello, el odio por la política hegemónica por parte de la derecha es finalmente un odio a lo simbólico y al sujeto que puede emerger en dicho campo. Un sujeto distinto de los proyectos uniformizantes de la biopolítica neoliberal.

Sólo puede existir la Emancipación, que es un duelo y una despedida de la “metafísica” de la revolución y sus “leyes históricas”, si se pasa por la apuesta hegemónica como articulación de diferencias que nunca serán anuladas. La emancipación nunca logrará realizar una sociedad reconciliada consigo misma, como esperaba el marxismo canónico. El momento hegemónico es insuperable, no hay sociedad que no sea en su propia existencia una respuesta a la brecha que la constituye. El “saber hacer”, con esas brechas, esas diferencias, esas heterogeneidades, en la construcción de una voluntad colectiva, es el arte de lo político.

Por todo esto, y ésta es una cuestión crucial, de entrada debemos señalar que líderes, elecciones, participación en las instituciones políticas, medios de comunicación etc., no expresan a la hegemonía ni la representan, son parte de la misma, juegan en su interior, en lo que Ernesto Laclau denomina en su lógica hegemónica, la “extensión equivalencial de las diferentes demandas”. Estas se deberán articular a un significante vacío que represente a la totalidad imposible, para permitir la emergencia de una voluntad colectiva, que nunca es algo dado de antemano por ninguna identidad o por la llamada “Psicología de las Masas”. Aquí debemos hacer una apuesta sin garantías, o el crimen es perfecto y el discurso capitalista se ha adueñado de la realidad y su sujeto, de tal manera que ya está definitivamente emplazado y solo llamado a ser material disponible para la forma mercancía, o existen diferentes superficies de inscripción donde lo político-hegemónico, de modo contingente, puede hacer advenir un sujeto popular y soberano. Un sujeto interpelado por aquellos legados simbólicos que lo preceden y por las demandas de distintos sectores explotados por las oligarquías financieras. Estas demandas singulares se caracterizan porque no pueden ser absorbidas por la arquitectura institucional dominante. Las demandas no satisfechas institucionalmente son el punto de partida, pero sólo el punto de partida, para que las diferencias ingresen a una lógica equivalencial. Teniendo en cuenta que ya no podemos imaginar una fórmula de desconexión del capitalismo, fundamentada supuestamente desde “leyes objetivas y científicas”, la ruptura populista es la respuesta a ese “esencialismo” de tradición marxista. El populismo no es una renuncia a la radicalidad de la transformación revolucionaria, es aún más radical, porque de un modo materialista admite los impasses y las imposibilidades que se presentan cuando la parte excluida y no representada por el sistema intenta construirse como una hegemonía alternativa al poder dominante.

En cuanto a los medios de comunicación y los distintos debates que acompañan el asunto, parece que no se puede ser optimista con respecto a los mismos. Como aquellos que ven en los medios y particularmente en las redes una posible forma de “capital variable” escindido que contribuiría, a la larga, con una nueva emergencia de una Multitud transformadora. Pero tampoco como la realización del crimen perfecto donde el sujeto desaparece en la enunciación de los medios de comunicación para volverse parte de la “gente”.

El Pueblo comienza cuando “la gente” se revela como pura construcción biopolítica. En esto, el Pueblo es tan raro y singular como el propio sujeto en su devenir mortal, sexuado y hablante. El Pueblo es una equivalencia inestable, constituido por diferencias que nunca se unifican ni representan del todo. Sin embargo, su fragilidad y contingencia de origen, es lo único que lo salva de la televisión, los expertos, los programadores, la contabilidad etc. Pero sólo en los pliegos más íntimos de los dispositivos de dominación neoliberal es que el sujeto popular puede advenir, lo otro es soñar con el espejismo de una realidad exterior pura y sin contaminación, que por su propia fuerza inmanente terminaría por desconectar la maquinaria y sus dispositivos.

“Sólo en el peligro”

Es cierto que, desde perspectivas anteriores más propias de lo que podríamos llamar una “ortodoxia lacaniana”, se podría pensar que lo político se queda, en efecto, en la superficie de las cosas y que nunca consigue transformar radicalmente nada, y que la “repetición de lo mismo” socava desde dentro cualquier proyecto. Pero ahora ya no se trata del ejercicio lúcido del escepticismo, ni de la razón cínica, posturas por otra parte anacrónicas y patéticas. Hemos ingresado en un tiempo histórico donde vemos consumarse lo que Lacan precisamente llama el “discurso capitalista” y Heidegger las llamadas “estructuras de emplazamiento técnico”, que a la vez constituyen, radicalizaciones teóricas y prácticas de lo que Marx llamaba “la subsunción real” del Capital en su dominación abstracta. Por ello, es inevitable pensar en la política como el único lugar posible donde se puede dar un combate con respecto al proyecto de deshistorización y desimbolización que el neoliberalismo comporta. El neoliberalismo es la primera fuerza histórica que se propone tocar, alterar y volver a producir al sujeto, intentando eliminar así su propia constitución simbólica. Parafraseando al filósofo, “sólo en el peligro de la política puede crecer lo que nos salva”.

Sin correr el riesgo de quedar atrapados en aquello que queremos a la vez destituir, no hay actualmente posibilidad de asumir un proyecto populista de izquierda de vocación emancipadora. Estamos siempre a punto de naufragar, y hay que entender que a partir de ahora siempre será así, porque ya no volverá a nosotros aquel espejismo ideal de estar cumpliendo con los pasos revolucionarios que supuestamente expresaban el fundamento de una ley histórica. No sólo nunca fue así, aunque el ensueño metafísico fue trágicamente potente, sino que ahora sería absolutamente funcional a la dominación neoliberal jugar el juego de un hipotético radicalismo revolucionario.

Conectar la política con la vida real implica que la misma es travesía, construcción, articulación, de una heterogeneidad que no siempre toma la dirección que más anhelamos, pero que sin ella no habría nada que oponer como Hegemonía al régimen del Capital.

25 de abril de 2015

Reportaje a María Hortensia Cárdenas, por Telam



“En la comunidad analítica, lo que hace lazo es la transferencia al discurso psicoanalítico”

La psicoanalista peruana María Hortensia Cárdenas, junto a un equipo de colegas, compuso finalmente una versión casi definitiva de los seminarios que Jacques-Alain Miller dictó en Caracas y en Bogotá entre 1979 y el 2000, cuando el paso siguiente fue la creación de la Nueva Escuela Lacaniana.

Los Seminarios de Miller en esas ciudades, es un volumen, recientemente editados por Paidós, atravesado tanto por la disolución de las seccionales en la Nueva Escuela Lacaniana (NEL), y por la presencia, en 1980, del mismísimo Jacques Lacan, quien se negó a viajar a Buenos Aires, entonces, como la Argentina entera, asolada por la dictadura cívico-militar inaugurada en marzo de 1976.

Cárdenas presidió la NEL, de la que es miembro, así como también lo es de la Asociación Mundial de Psicoanálisis. Esta es la conversación que sostuvo con Télam.

TELAM: ¿Podría contarme cómo fueron aquellas primeras jornadas en Caracas, con la presencia de Jacques Lacan y muchos de sus discípulos? Digo: sus impresiones. 

María Hortensia Cárdenas: No tuve la suerte de estar presente en esas primeras jornadas de trabajo y elaboración con la presencia de Jacques Lacan y los colegas que llegaron de distintas partes del mundo, especialmente de América Latina y Francia. En la Reunión sobre la enseñanza de Lacan y el psicoanálisis en América Latina, que es el título que consta en las Actas publicadas de ese primer encuentro en 1980, Lacan inauguró la reunión dictando su último seminario en vida publicado como Seminario en Caracas.

En la clausura Lacan propone de que esto continúe, es decir, de que esto recomience, e indica una nueva reunión para dentro de dos años: así se inicia la serie de los Encuentros Internacionales del Campo Freudiano. Por su parte, (Jacques-Alain) Miller, en la clausura también expresó su satisfacción con la realización de más de 40 intervenciones (cuento solo las publicadas en las Actas), cuyos debates tuvieron efectos de verdad y de enseñanza y que fueron el ejemplo de lo que Lacan deseaba: un momento de torbellino, es decir, personas muy vivas e inquietas debatiendo al mismo tiempo una serie de ideas que orientaría, diferenciaría y cambiaría la práctica psicoanalítica del momento hasta nuestros días.

En la Presentación del libro, escrito por Alicia Arenas, y en el texto de la contratapa, escrito por Julieta Ravard, se pueden leer las impresiones de quienes sí estuvieron presentes en esos momentos inaugurales del Campo Freudiano y participaron y sostuvieron luego una comunidad de trabajo en la Escuela. Son impresiones que dan cuenta de las consecuencias del encuentro con algo completamente nuevo que marcó una diferencia que construyó un destino.

T: ¿Cómo trabajó el orden de estos seminarios? ¿Hubo consultas a París, desgrabaciones, trabajos estenográficos recuperados?

C: El orden es cronológico y en él se puede leer el recorrido de una enseñanza y un estilo. Empieza en 1979 cuando Miller fue a Caracas, Venezuela, para preparar la llegada de Lacan al año siguiente. Fueron los inicios de la construcción del Campo Freudiano en América Latina y en el mundo. El volumen es la compilación de todos los textos publicados anteriormente. Lamentablemente no se pudieron encontrar grabaciones de seminarios dictados en sus primeros viajes que no fueron publicados. Hubo muchas consultas a muchos lugares pero mayormente fueron hechas a los colegas en Venezuela, miembros de la anterior Escuela del Campo Freudiano de Caracas (ECFC), quienes se encargaron de las publicaciones a lo largo de los años. Encontrarán los primeros seminarios dictados por Miller en 1979, por ejemplo las conocidas Conferencias caraqueñas, con numerosas reediciones en la Argentina. Además del seminario dictado en Bogotá y publicado por el entonces Grupo de Estudios Lacanianos de Bogotá (GELBO). Se ha incluido una entrevista hecha a Miller a finales de 1998 en la que narra sus viajes a Caracas y la incursión en la región del pensamiento de Lacan.

T: ¿Cuándo podría decirse hubo un salto cualitativo que finalmente iría a desembocar en la Escuela, la NEL?
C: A finales de 1998 Miller viaja a Bogotá y Caracas a dictar en cada una de las ciudades seminarios de enseñanza que incluyeron discusiones clínicas, y una conferencia excepcional en Caracas titulada Lectura del inconsciente. Su presencia seis años después de su última visita a Caracas fue también un intento por reforzar y sostener un trabajo que se venía realizando en la región con asociaciones y grupos vinculados a la ECFC, pero que había devenido en una crisis, en un intento por limitar el fracaso. Sin embargo, en febrero de 2000 con la presencia de Miller en Caracas se decide la disolución de la ECFC y la creación de una lista virtual llamada Iniciativa Nueva Escuela (INES) para pensar y dar forma a lo nuevo, a un nuevo pacto simbólico que permita la creación del concepto de una nueva Escuela que luego sería creada y establecida por la Asociación Mundial de Psicoanálisis (AMP). La lista INES se constituyó en un verdadero torbellino de ideas con colegas en un primer momento en Colombia, Cuba, Ecuador, Perú y Venezuela.

Los lectores podrán leer las intervenciones de Miller en el apartado del libro Disolución de la ECFC y surgimiento de INES (1998-2000). Ese fue el tiempo de comprender lo que sería un antes y un después. Fue la invención de la Nueva Escuela Lacaniana (NEL) con una estructura federativa nunca antes pensada que congrega 16 ciudades latinoamericanas que en el momento de su creación fueron Bogotá, Cali, Caracas, Guayaquil, La Habana, Lima, Maracaibo, Medellín y Miami y luego se fueron sumando Maracay, Valencia, Guatemala, La Paz, Cochabamba, Tarija y México D. F.

T: Hay muchos analistas que en los primeros tiempos estaban y ya no están. ¿A qué cree se debe eso? Para ustedes, ¿qué peso tuvo la influencia de Oscar Massota en el campo latinoamericano?

C: Habría muchas razones pero podría mencionar una en particular: la idea que Lacan nos transmitió del psicoanálisis en la Escuela y la existencia del analista. No se termina de concebir que la Escuela es el lugar de la formación del analista y del pase, que ahí está su agalma. Lo que hace lazo en la comunidad analítica no es un ideal ni tampoco los vínculos libidinales –aunque no dejen de estar presentes en los intercambios y en los encuentros–, lo que hace lazo es la transferencia al discurso psicoanalítico, en ella se sustenta la transferencia a la enseñanza de Lacan.

Sin dudas, Oscar Massota tuvo una influencia grande en el campo latinoamericano en un inicio; con él tuvimos los primeros textos en castellano de la enseñanza de Lacan, después ya llegarían las publicaciones de las conferencias y seminarios de Miller dictados en Venezuela, Colombia, Argentina, Brasil y España.

T: ¿Cuál es la singularidad -a su juicio- de la transmisión que practica Jacques-Alain Miller?

C: Desde un inicio Miller nos enseña a leer a Lacan y nos conduce por recorridos inéditos que no dejan de sorprender. Se puede ver bien a un Miller causado por la enseñanza y por los que lo escuchan y debaten, construyendo una conversación a partir del psicoanálisis que tiene efectos insospechados. En los textos reunidos en el libro de 1979 y 1980 encontrarán a Miller debatiendo con unos interlocutores sorprendidos por la enseñanza lacaniana. Ahí leemos los esfuerzos que hace por explicar de la manera más clara y sencilla los temas complejos, lo que resulta incomprensible o difícil de aceptar. El lector se sorprenderá de encontrar que desde las primeras conferencias ya está presente la última enseñanza de Lacan. Por otro lado, la transmisión en el volumen de los textos del año 2000 es una enseñanza sobre política lacaniana, acerca de los efectos de grupo en una comunidad analítica y sobre la construcción de una Escuela.

T: ¿Qué clase de operación es la operación analítica a comienzos del siglo XXI?

C: Sin duda el siglo XXI ha llegado acompañado de muchas novedades. En una civilización que promueve el imperativo de la satisfacción, el cinismo y la increencia, podemos reconocer que los pacientes en los consultorios hablan de estos cambios y no saben qué hacer frente a lo que se repite irremediablemente.

La operación analítica apunta al goce del sufrimiento; es una operación de reducción que no deja de tener algo de poética. Sin embargo, hay que notar que, a pesar de las contingencias de la época y de sus efectos, cuando hay una demanda de análisis y se consiente a la operación analítica nos seguimos orientando por el síntoma, por el Padre, por el falo, por el deseo, hasta llevar la lectura al límite y arribar a la singularidad de el sinthome.

24 de abril de 2015

La trama de un acto*, por José Ramón Ubieto.


El fenómeno del School Killer es típicamente norteamericano. Dos ingredientes se conjugan allí para favorecer estos hechos. Por una parte la existencia, en los protagonistas, de algún sufrimiento mental, muchas veces no diagnosticado previamente, que eclosiona en la adolescencia bajo la forma de un brote psicótico con pasaje al acto, primero homicida y, a veces, después suicida.

El otro ingrediente es el acceso fácil a la tenencia de armas por parte de la población civil, hecho que está en la raíz misma de la creación y sostenimiento de esa sociedad.

No es el caso europeo ni español y eso explica algunas especificidades como el tipo de armas utilizado. Lo que no parece diferenciarse mucho son los motivos particulares, generalmente asociados a la existencia de un trastorno delirante. Adolescentes que dicen oír voces que les impulsan al pasaje al acto homicida. Si bien podemos encontrar previamente algunos signos que cobran valor a posteriori (amenazas, actos bizarros), el acto como tal es imprevisible.

No es una acción impulsiva, reactiva a una provocación, sino una trama mental que va tomando cuerpo y obedece a una lógica que el propio adolescente desconoce y se le impone como una misión. Esa trama puede llevar un tiempo elaborándose hasta que algo desencadena el acto.

El trabajo a hacer con los alumnos y familiares debe ir en el sentido de poner palabras al sinsentido de esa violencia, sin olvidar a éste muchacho, causante de la tragedia. Para él, y para sus padres, se abre también un tiempo para comprender algo de ese acto que lo ha desbordado psíquicamente y cuyas consecuencias lo marcarán de manera decisiva.

Para la comunidad educativa y la sociedad se trata de no caer en la tentación del pánico y negar ese carácter impredecible del sujeto humano. Eso nos llevaría a una búsqueda delirante del riesgo cero, a medidas de control inútiles y perjudiciales para los propios niños y adolescentes. Como el carné de comportamiento del entonces (2005) ministro del interior francés Sarkozy, o a un aumento de la ya creciente medicalización de la infancia.

La mejor prevención es encontrar las fórmulas para conversar con los adolescentes, hacernos sus interlocutores y darles también un testimonio de nuestro propio recorrido vital. No dejarlos solos frente a sus inquietudes.

* Publicado en La Vanguardia. Miércoles, 22 de abril de 2015

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